Nicolas Gasiorowski, le roseau qui peint  mais ne rompt pas.

 

On n’évoquera pas Bashung, sa voix sur sa musique et vice et versa,  juste comme ça.  Le chanteur à la voix profonde, c’est le double artistique revendiqué de Nicolas Gasiorowski.  Lui, sa partition, c’est son trait sur sa peinture et vice et versa. Alors commence la mélodie de sa vie où il nous entraine dans des arias de couleurs et de riffs de pinceau. Le peintre grande tige genre roseau qui plie, connait la vie dans toute sa palette d’évènements, du meilleur au pire. A l’oral il l’évoque mais se tait vite, sinon pourquoi peindre ?

Il suffit d’observer le parcours pour retracer l’histoire. Son œuvre a longtemps  été sombre, il signait Gazio à cette époque, coupé en deux qu’il était. De son nom complet, entier, recomposé, il signe son lent retour à  la lumière.  Alors  elle s’affiche crânement en aplat d’un vif orange affirmé que ce soit à travers « La  géode de Boissezon  » ou « Y’a un gars qui …».  Prenez encore « La montagne noire à Labruguière » : le ciel gris est troué à l’horizon par un souffle de clarté. Oui, nous parlons bien de nature, le peintre est moins rageur. Alors apparait désormais dans son travail la contemplation, ce temps de lâcher prise, et son expression : le paysage.

La géode de Boissezon (130x97cm)

La géode à Boissezon

La montagne noire à Labruguière (50x40cm)

La montagne noire à Labruguière

Y a un Gars qui

Y a un gars qui...

 

Dans ses derniers travaux, on retrouve néanmoins ses séries de personnages qui sont sa préhension et son interrogation permanente devant  l’humanité. Derrière chaque être, soit-il le plus social possible, il y a l’ironie de la vie, le rappel à l’humilité et la si fondamentale fêlure. On s’en fiche de savoir si le peintre aime ses contemporains : ses portraits sont un hommage, ironique, grinçant. Libre. Voyez « Le penseur », emporté par le poids de sa sérieuse réflexion,  il est prêt à s’affaler ! « Ma vieille tante » est vraiment collet monté mais conserve sa bouche sensuelle et appétissante. Gasiorowski voit au-delà du portrait, au-delà du trait et avec le trait redessine une psyché contraire aux apparences. « L’abbé Pierre » qui fut l’action en mouvement sa  vie durant s’accorde un instant méditatif dans l’imaginaire de l’artiste.

Le penseur (120x80cm)

Le Penseur

ma vieille tante (100x70cm) petite def

Ma Vieille Tante

L'abbé Pierre (100x70cm)

L'abbé Pierre

Ces derniers temps, voilà que Nicolas explore le genre humain à travers son slip. Un angle comme un autre quoique peu exploré jusqu’ici.  Il célèbre ainsi la jeunesse, sa frivolité, sa sensualité dans « S.L.I.P 1 ». Des mains semblent s’impatienter devant une culotte à pois frémissante. C’est un pas de plus vers le plaisir retrouvé. Gasiorowski reprend vie. Et rend hommage à sa muse,  compagne de son accomplissement dans leur vie totale d’artistes : c’est elle la généreuse amoureuse  au fondement  rebondi rayé  de rouge et blanc dans  « S.L.I.P 2 ».

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S.L.I.P 1

S

S.L.I.P 2

Comment parler d’un tournant dans sa vie de peintre et sa vie tout court sans évoquer Sandra Detourbet, peintre elle aussi. Ils ont enfanté une créature à quatre mains et deux impulsions créatrices : Charlowski.  Soient trois artistes en deux qui se vampirisent, se dévorent et renaissent  pour le meilleur.

15072014 Battle n°1

Charlowski (Battle juillet 2014)

09072014 Battlen°1

Charlowski (Battle juillet 2014)

011072014 Battle n°1 DYPTIQUE copie

Charlowski (Battle juillet 2014)

Pourquoi suivre ce peintre-ci ? Parce que ses propositions picturales possèdent en elles  un pouvoir d’évocation qui, vivement ou doucement,  balade le spectateur dans ses propres rêveries. On se surprend mélancolique, amusé, interrogatif, on passe d’un tableau à un autre et d’une émotion à une autre et ça fait du bien de se sentir ainsi bousculé.

Corinne Kuperberg  Concours ARTENSION pigiste et auteur, spécialisé en architecture d’intérieur et portraits de designer et plasticiens.